L’interview de la Rédac : Gros Plan sur Elisabeth Desbois


09 décembre 2020 - 484 vues

Let's Talk about sexism, un spectacle engagé sur le territoire !

- Bonjour Leelou, J'ai eu l'occasion de voir le spectacle  "Let's talk about sexism" au collège de Novalaise il y a 3 semaines, en quoi consiste exactement ce projet artistique ? 

En fait, l’idée de base est d’utiliser des textes d’auteurs et des citations qui parlent du sexisme ou des rapports hommes /femmes. Comme la citation ne dit pas tout, il y a un temps de réflexion, de questionnement… et c’est à ce moment que la danse intervient, sur cette pause, pour faire digérer la parole entendue. 

L’idée c’est de provoquer la réflexion à travers un spectacle qui mêle parole et danse.

Ce spectacle, c’est la rencontre de 3 compagnies artistiques de l’Ain : la Toute Petite Compagnie, les Voix du Conte et Inanna. Toutes appartiennent au Collectif pour l’Enfance et la Jeunesse de l’Ain. Leurs univers sont très différents et explorent des disciplines telles que le théâtre musical, le conte et la chorégraphie.

- Quelle est son ambition ?

A la base, on a voulu le créer pour la jeunesse, pour les 12/25 ans pour les faire se questionner, prendre conscience de choses qu’ils savaient instinctivement… mais aussi réaliser le trajet parcouru en matière de droit des femmes et de prendre conscience aussi du chemin qu’il reste à parcourir en la matière.

- Quelles intentions sont au cœur de ce projet ?

C’est le fait de marquer les consciences sur le sujet des rapports hommes/femmes. C’est un sujet à la mode mais qui est très complexe et dont on pense qu’il y avait besoin de prendre le temps de l’échange… 

C’était important pour nous de rappeler les avancées en la matière… mais aussi de permettre aux Hommes d’être inclus dans la pensée féministe. 

Que l’on soit un Homme ou une Femme, notre propre comportement est-il le fruit d’une reflexion personnelle ou est-il imposé par des codes sociaux ?

Prenons par exemple la citation de Colette « une femme qui se croit intelligente demande les mêmes droits que les hommes ; une femme intelligente y renonce ! »

Cette phrase de laquelle on part, se présente un peu comme une énigme. Elle pose un contexte sur lequel on va engager la discussion, s’interroger, pour  libérer la parole et le corps. A travers la danse, c’est la possibilité d’offrir une autre forme d’expression qui vient compléter la parole.

De nos jours, les jeunes utilisent via les réseaux sociaux des formes simples, des accroches, des punchlines… Ma volonté était de me rapprocher de leurs modes d’expression.

-Quelle est ta place dans ce projet créatif Leelou ? 

C’est moi qui ait proposé la thématique, j’ai choisi les textes et les personnes avec lesquelles j’avais envie de travailler. C’est un vrai travail d’équipe, on croise nos regards artistiques et nos disciplines.

- Depuis combien de temps travailles-tu à ce projet ? 

On a commencé à développer le projet en mars 2020.

- Qu'est-ce qui a déterminé ton envie de traiter de ce sujet ?

Plusieurs choses à vrai dire...

D'abord, le fait que je travaille par ailleurs à un spectacle sur les règles. A cette occasion, j’ai découvert la littérature féministe. Cette matière récoltée m’a donné l’envie d’aller plus loin.

Et puis, le fait d’avoir mes 2 enfants. Ils m’ont aussi donné l’envie d’approfondir les questions liées à la parentalité et de fait la question de la femme dans la société. Comment être mère et travailler sans culpabilité ?

Après avoir lu beaucoup d’écrits sur les femmes, j’ai également lu des livres sur la place de l’Homme dans nos sociétés contemporaines. Par exemple, Ivan Jablonka, auteur de l’ouvrage  Des hommes justes et qui dit “ le masculin n’est jamais assez prouvé. Parce qu’on est homme il faut l’être toujours et encore davantage” ou qui dit aussi “l’homme est l’esclave de son genre”.

Je ne suis pas une grande experte de ces thématiques, j’avais juste envie de remettre en question certains positionnements ancestraux… 

- Quel temps de gestation est nécessaire pour donner vie à une telle aventure humaine et artistique ?

Pour créer « Let’s talk about sexism », il aura fallu une petite année de répétition.

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- Pourquoi traiter d'un tel sujet aujourd'hui ? 

On est justement à une période où les Hommes sont en train de se remettre en question. On a la chance qu’il y  ait beaucoup moins de tabous, on peut en parler. Ce qui est intéressant c’est que chacun a un positionnement différent. Ce sujet est intéressant à explorer justement parce qu’il ne met pas tout le monde d’accord. Il génère des idées très opposées dont il est intéressant de pouvoir parler. 

Notre volonté c’est de discuter à partir des différentes projections individuelles.

Nous n’apportons pas de réponses, l’important c’est d’échanger grâce aux temps de médiations qui suivent le spectacle

- Peux-tu nous donner des détails sur les modalités de mise en œuvre de projet ? 

Le point de départ, c’est vraiment le spectacle. Concernant la médiation qui fait suite, cela peut représenter une demi-heure d’échanges pour une séance tout public. En revanche, pour les collégiens ou lycéens, on a l’occasion de développer davantage grâce au théâtre, à la danse et à l’écriture qui sont complémentaires. C’est vraiment intéressant de pouvoir jouer entre ces 3 disciplines. Cela permet à chaque enfant d’évoluer plus facilement dans l’une ou l’autre des disciplines.

 A Novalaise, on a eu beaucoup de chance de pouvoir développer tous ces ateliers grâce à des financements de la DRAC et de la CCLA. Chaque classe a eu l’occasion de bénéficier de 7 heures par classe.

- Quel est le public cible ?

“Les jeunes parce qu’ils ont vraiment cette capacité à changer les choses.”

- Vous êtes tous professionnels du spectacle vivant, quelle est la rentabilité économique du projet ? As-tu une visibilité quant au modèle économique lié à "Let's talk about sexism" ?

C’est un spectacle qui n’a pas bénéficié de financement public lié à la création. C’était trop tard pour demander des subventions. 

On le fait parce qu’on a besoin de donner du sens à notre profession ; c’est une question d’engagement ! 

En revanche, lorsque l’on interviendra dans des structures de type centres sociaux-culturels ou des établissements scolaires, alors à ce moment-là, les intervenants artistiques seront payés pour ces temps d’ateliers spécifiques.

- Qu'est-ce qui t'a incité à choisir cette voie professionnelle ?

Déjà à 6 ans, ma grand-mère se souvient  que j’organisais des concerts de flûte à bec avec mon frère et ma sœur. J’ai toujours aimé organiser des spectacles et des manifestations culturelles.

J’ai commencé par faire une école de commerce pour rassurer mes parents en faisant une formation généraliste où j’ai fait tous mes stages dans le secteur culturel. Ensuite, j’ai commencé par travailler dans la dynamique musicale puis dans la production du spectacle vivant.

A 37 ans, assez naturellement, je me sentais plus en confiance pour me lancer à proprement parler dans un travail de création. Pour être artiste, il suffit d’avoir des idées et suffisamment confiance en soi. 

Ça ne s’apprend pas, par contre ça se travaille !

Commentaires(1)

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Mario2, il y a 4 mois
Article très intéressant ! Donnant à réfléchir sur la culture et une évidence diffusion d’informations via ce biais.