[MANGEONS AVANT-PAYS ! ] Une nouvelle approche de l’agriculture : une chance pour notre territoire et ses habitants


25 novembre 2021 - 96 vues

Pour ouvrir notre nouvelle rubrique « Mangeons Avant Pays Savoyard » Info PLA a rencontré Monsieur Thomas Béhal, conseiller territorial Vals du Dauphiné, Chambre d'agriculture de l'Isère

 

Thomas Behal, Quelle est votre mission ?

 Je suis conseiller territorial pour la communauté de communes de Val du Dauphiné et la Chambre d’Agriculture. Sur mon territoire, j’assure le lien entre élus et agriculteurs pour l’émergence et la mise en œuvre de projets portés par les agriculteurs et des élus. C’est tout à fait passionnant. Ma mission est l’accompagnement du projet.

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 Je suis également animateur de TerraVal'D, une association créée en 2009 et soutenue par la Chambre d’Agriculture de l'Isère qui regroupe des acteurs agricoles et ruraux du territoire des Vals du Dauphiné dans un esprit de concertation et de partage d'expériences.

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Qu’est ce qui caractérise le territoire sur lequel vous intervenez ?

 La ruralité est un concept à visages multiples. Ici nous ne sommes ni dans le péri-urbain ni dans l'agriculture non cloisonnée.

Notre territoire comprend 500 exploitations sur 36 communes, 80 % des surfaces sont destinées à l'élevage bovin pour de la production laitière. On constate une concentration et une massification de la production laitière avec la création de GAEC, d’associations qui sont chaque fois une aventure humaine. Cela génère aussi des complexités pour la transmission des exploitations. Nouer des partenariats devient incontournables.

 

Quelles évolutions de l’agriculture percevez-vous ?

 Dans cette nouvelle approche partenariale, l’agriculteur n'est pas seul il agrandit son champ de vision au-delà de l'agriculture et de son exploitation.

Nous vivons plusieurs évolutions qui sont autant de chances pour l’agriculture de notre territoire et qui démontrent la remise en question du modèle d’une agriculture de filières dont les principaux débouchés sont les grands groupes. Les filières structurent l'agriculture en vase clos. L’enjeu est la reprise en main par les agriculteurs de la valeur de leurs produits et l’affirmation de leur identité.

 Ainsi, sur un litre de lait vendu 1€ en grande distribution, 34 centimes reviennent à l'agriculteur.  Certaines coopératives sont arrivées à négocier jusqu’à 60 centimes, c’est la force du regroupement. Si le consommateur met 10 centimes de plus au profit de l’éleveur on sauve l’élevage français !!

 Ma vision prospective c'est l’accompagnement à la transition, les agriculteurs sont très actifs pour faire évoluer leurs pratiques face à la sécheresse, aux aléas climatiques et aux évolutions rapides.  Leur objectif : se réapproprier la valeur ajoutée.  Cependant, la transition a un coût et la question du financement est cruciale car les agriculteurs sont déjà très endettés.

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Quelles sont les pistes pour accompagner ces transitions ?

  Il faut redéfinir les rôles de tous les acteurs de la chaîne jusqu'au consommateur. Celui-ci aspire à devenir locavore, mais il veut aussi une alimentation peu chère. Par exemple, le jambon est à 17€ le kilo en grande surface il est à 22 € chez l'éleveur mais ce n'est pas le même produit. L'offre agricole doit se structurer et s'appuyer sur une demande militante.

 Les circuits courts représentent un développement qui va dans ce sens :

 Par exemple, dans une commune de montagne, il y a 2 ans le maire a souhaité travailler avec des éleveurs pour la cantine en gestion directe. Cela a nécessité une ingénierie de projet pour mettre en place un modèle pérenne. Aujourd’hui, 4 éleveurs fournissent chacun une bête dans l'année pour la cantine du village. Pour eux, c’est emblématique et cela va permettre en 2022 des animations avec des visites dans les fermes. Par ailleurs, Ce projet a amené les éleveurs à envisager de s’ouvrir aux marchés de la restauration collective.

 Dans ce même village, constatant qu’un local commercial était vacant, la mairie a facilité un projet complémentaire de production de légumes et de ferme commerciale pour permettre une diversification et un accès direct à la clientèle.

 Une autre opportunité est apportée par les nouveaux agriculteurs : 60 % des exploitations agricoles ont des profils non familiaux. Ils participent à la revivification de La France Agricole. Mais, leur première difficulté, c’est l’accès au foncier. Dans la reconversion, il y a beaucoup de rêves, qu'il faut confronter à la réalité car les tailles des structures sont plus petites. Heureusement, le passé agricole de la France n’est pas loin, à deux générations beaucoup ont des grands-parents agricoles.

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Comment participez-vous au développement de ces évolutions ?

 Accompagner les agriculteurs qui souhaitent aller vers ces conversions, c'est une cascade d'animation entre les élus et les agriculteurs. Nous essayons de raccourcir les circuits en identifiant clairement les interlocuteurs qui peuvent s'orienter vers des solutions et des financements selon la feuille de route des élus de la commission Agricole de Val du Dauphiné. L'opportunité des circuits de proximité est intéressante, il faut montrer ses opportunités et gérer les coups de la transition.

 Quant aux nouveaux agriculteurs, ils ont un bagage technique de chef d'entreprise et des compétences fortes, ils ont un projet qui a du sens et leur mode de gestion est plus structuré, plus souple, plus adaptable. Cependant, ils ont moins de bagages techniques agricoles C’est un profil très intéressant ils ont environ 40 ans c'est une nouvelle population agricole. Le challenge est de les accueillir, de leur permettre de s’insérer dans le réseau agricole existant ?

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Quel Bilan et quelles perspectives identifiez-vous ?

 Lorsque je fais le bilan d'une année, il est difficile de mettre en valeur les actions car on est sur le temps moyen et long.

Pour ce qui est des circuits courts, sur le territoire il y a 60 fermes exploitantes qui font du circuit court et vendent ce qu'elles transforment à la ferme :  maraîchage, fromages, escargots paysan boulanger ….L'offre Agricole est passé en 5 ans de 40 fermes à 60 fermes. En revanche, il n'y a pas de points de vente collectifs de type comptoir de campagne dépôt-vente. Pour l'instant il n'y a pas problèmes de débouchés, donc pas de besoin du côté des producteurs. L’offre reste atomisée

La communauté de communes de Val du Dauphiné a lancé le 15 septembre dernier le PAT Projet Alimentaire Territorial avec pour objectif de relocaliser l’agriculture et l’alimentation dans les territoires en soutenant l’installation d’agriculteurs, les circuits courts ou les produits locaux dans les cantines. Un projet à suivre...

 Info PLA remercie Monsieur Behal pour cet éclairage sur les circuits courts sur notre territoire. Nous suivrons avec beaucoup d’intérêt le déroulement du PAT Alimentaire au cours des prochains mois.

 La nouvelle rubrique « Mangeons Avant Pays » se poursuivra avec la découverte des agriculteurs, petits producteurs, maraichers éleveurs, qui ont de vendre tout ou partie de leur production en circuit court.

 N’hésitez pas à commenter.

https://aura.chambres-agriculture.fr/

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